13/09/2012

Une association tunisienne amène la magie du cinéma dans des villages reculés

Une des nombreuses initiatives visant à réconcilier les Tunisiens avec l'expérience cinématographique

Evènements et festivals, Tunisie

Une association tunisienne  amène la magie du cinéma dans des villages reculés

Les enfants du village côtier de Ras Angela à Bizerte, au Nord de la Tunisie, sont sur le point de rencontrer Charlie Chaplin.

Dans deux week-ends, l'Association tunisienne d'action pour le Cinéma (ATAC) amènera deux acteurs et un cinéma mobile au village pour présenter à ses habitants la magie de l'image en mouvement. Après un sketch de 20 minutes pour présenter le film, Charlie Chaplin apparaîtra sur le grand écran dans son film muet Les temps modernes (1936). Le lendemain soir, il en sera de même pour Buster Keaton dans Sherlock Jr (1924).

Ce week-end festif sera le premier d’une série prévoyant déjà quatre autres événements du même type. Il sera avec un peu de chance le premier parmi  100 événements futurs à mener dans différentes régions isolées de la Tunisie au cours des années à venir, a déclaré Wafa Ammari, responsable de la communication de l’ATAC à Euromed Audiovisuel.

L'ATAC est l'une des deux associations ayant reçu un financement du Fonds Arabe pour les Arts et la Culture (AFAC) à la fin du mois dernier pour leurs projets de projection de films dans la région. L’autre bénéficiaire, l’Arete pour la Culture et les Arts, est originaire de Libye, et ses membres planifient actuellement la projection de plusieurs films, le lancement d'un ciné-club et la première exposition d’arts vidéos de Libye.

En Tunisie, le cinéma itinérant de l'ATAC n’est que l’une des nombreuses initiatives cherchant à  raviver l'amour des Tunisiens pour les projections cinématographiques publiques, par opposition au visionnage d’un DVD ou d’un film téléchargé à la maison, alors que le pays est de plus en plus touché par les fermetures de cinéma.

La Tunisie ne dispose que 13 salles de cinéma actives. Ce n’est rien par rapport aux 200 égyptiennes ou au 74 marocaines, selon les données recueillies par le programme Euromed Audiovisuel. La plupart de ces salles se situent par ailleurs dans la capitale. C'est bien loin de la centaine de salles de cinéma dont le pays profitait en 1960, poussant les statistiques à un siège de cinéma pour 27 Tunisiens.

En dépit de la législation tunisienne interdisant la transformation d’espaces culturels en centres commerciaux, trois cinémas du centre de Tunis ont pourtant déjà été achetés pour être transformés en centres commerciaux, regrette Ammari. Un autre a été transformé en fast-food.

Pour lutter contre cette tendance, l'ATAC s’est par ailleurs lancé cette année dans le projet Mon Cinéma à moi !, une initiative invitant les Tunisiens à prendre des photos de leurs cinémas préférés, même s'ils ne sont probablement plus exploités à l’heure actuelle. Ces photos, publiées sur l’événement Facebook de l'initiative, doivent ensuite être imprimées pour une série d'expositions urbaines, dont la première est fixée pour coïncider avec le Festival du Film de Carthage en novembre, afin de stimuler le débat sur la question des fermetures.

« Nous voulons travailler avec la nouvelle génération pour raviver l'amour du cinéma », a déclaré Ammari, dont l'association organise également des ateliers de cinéma pour les jeunes.

En ligne, d'autres jeunes tunisiens indépendants ont également pris position.

Jeudi dernier, Nesrine Maatoug et son fiancé Moudhaffar Barkallah, deux habitants de Djerba de 25 ans, ont lancé une page Facebook pour encourager la réouverture du seul cinéma de l'île tunisienne, fermé depuis cinq ans. Le propriétaire s’est engagé à envisager sa réouverture si 1.000 personnes se souciant assez de ce cinéma se manifestaient en « aimant » la page Facebook, a expliqué Maatoug à Euromed Audiovisuel. Au moment d'écrire ces lignes, ils avaient attiré 181 clics.

 

Alice Hackman


Photo :Une des photos du projet Mon Cinéma à moi ! de l'ATAC, présentant un projecteur abandonné du cinéma Ksar Helall d'Al Munasir, Tunisie. Photo de Hédi Métat.


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